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Titre du blog : marilyn manson 's world
Auteur : marilynmansonsworld
Date de création : 05-08-2006
 
posté le 12-09-2006 à 20:35:41

Description de Holy Wood

marilyn manson 20 Avril 1999 : deux élèves du lycée de Columbine à Littleton (Colorado) ouvrent le feu sur leurs camarades avant de se donner la mort. 13 personnes sont tuées, 28 blessées. Après enquête, Marilyn Manson, mais aussi KMFDM et des films tels que Matrix se retrouvent incriminés... Plutôt que de réfléchir aux vrais causes du drame, les autorités vont alors se déchaîner tout particulièrement contre Manson, "le monstre du rock adulé par les tueurs". Si celui-ci répond notamment par un long communiqué dans le magasine Rolling Stone, invoquant la place des armes dans la société US et la violence traditionnelle de toute société humaine, le groupe en sort dévasté.
Novembre  2000 : Marilyn Manson a aiguisé sa plus belle plume et la réponse parvient sur les ondes avec Holy Wood  (In the Shadow of the Valley of Death), un album de nouveau rentre-dedans poussé par un amalgame de références quasi psychotiques et une pochette régulièrement censurée. L'album est une fois de plus découpé en cycles, au nombre de quatre : In The Shadow / A (pistes 1 à 4), The Androgyne / D (piste 5 à 9), Of Red Earth / A (piste 10 à 14) et The Fallen / M (piste 15 à 19). Quatre lettres formant Adam, le symbole de Mercure sur le disque, des artworks travaillés dans le livret, une fois encore, rien n'est innocent.

 

En un ballet obsessionnel, les figures d'Adam, de Jesus Christ, de J.F.K. et de Manson s'entremêlent dans Holy Wood pour créer une oeuvre unique en son genre, à la fois intimiste et mégalomaniaque, prolongeant la figure christique prise par Manson sur la pochette. Un Christ à la machoire amputée, comme privé de la parole qu'il va violemment reprendre sur ce disque. Cette amputation n'est pas isolée, dans Godeatgod, Manson chante ainsi "Before authorities take off my eyes". Et bien sûr, il y a ces hymnes rock metal d'une efficacité reconnue, quoiqu'assez basiques, comme The Love Song et The Fight Song où Dieu, et l'Etat américain passent au crache-flammes. Manson lance aussi deux diatribes  contre le contrôle des esprits, avec Disposable Teens et Target Audience, opposant jeunesse crédule et autorités (parentale, étatique, religieuse) manipulatrices. En colère contre ceux qui l'ont traîné dans la boue, il sait qu'il n'est qu'une  "big rockstar celebrated victim of (her) fame". Pourtant, un morceau comme In the Shadow of the Valley of Death nous le montre véritablement atteint, promenant son malaise morbide sur une très jolie ligne mélodique. A Place In The Dirt surenchérit dans les mêmes tons peu après, la mort suintant là aussi des couplets.

 

Et lorsque retentissent les notes d'un clavier au son de clavecin sur The Nobodies  et ses lyrics chargés de sens ("Some children died the other day"), on retrouve le pivot central du disque. Si Manson revient sur son désir de révolte, et pas toujours très finement, c'est bien parce qu'il est hanté par les fantômes de Columbine. A partir de ce drame, Manson rejeté et mis en marge, se mêle à ses fans pour leur rappeller comment on les manipule et finit par les traiter plus bas que terre, tout comme lui après la tuerie. Là encore, The Death Song est chantée parmi eux, "We sing the death song kids", en un parfait hymne à tendance electro-metal. Il revient sur la fascination des américains pour la violence, en particulier l'assassinat de J.F.K., sur lequel President Dead et l'étrange ballade Lamb Of God s'attardent. En déifiant l'ancien président ("There was Jesus in the metal shell" ou encore "That's how Jack became sainted"), Manson entend montrer aussi comment le pouvoir médiatique en a fait une icône, dont  l'assassinat devant les caméras a même fait un objet de culte morbide. Il téléscope encore les métaphores le temps d'un Crucifixion In Space, à la progression rythmique quasi théâtrale et aux airs de prêche anti armes ("The monkey, the man, and then the gun"). Et l'on comprend comment l'album en apparence touffu et lourd progresse.

 

En fait, Manson se fait de plus en plus intime, passant du prédicateur à l'homme blessé. De Mercure à Adam, il montre comment il est redevenu un homme parmi les autres, meurtri par les évènements de l'année écoulée.  Manson ne manque pas son clin d'oeil au nouveau président George W. Bush  sur la chanson Born Again ("I'm someone else, I'm someone new, I'm someone stupid just like you"), et enchaîne avec Burning Flag. Ces deux morceaux en forme de charges electro-metal sont d'autres pièces de choix de la grande bataille que semble mener l'artiste avant l'implosion programmée. Car de fait, la dernière partie du disque est celle de la chute. Coma Black se place en négatif de Coma White, et dans les deux cas, il s'agit de chansons dédiées à Rose McGowan, Coma Black étant celle de l'après-rupture. Il s'agit une nouvelle fois d'une belle ballade désabusée qui enchaîne fort logiquement avec Valentine's Day, titre métal accablant, tout comme son refrain "In The Shadow of The Valley of Death" répété jusqu'à la lie. Les dernières pistes créent une envoûtante atmosphère où les émotions les plus brutes se chevauchent. Les figures du Christ, d'Adam, de J.F.K et de Manson sont désormais indissociées dans ce tryptique furieux et désespéré. Le prêche de The Fall Of Adam se couple à la martiale King Kill 33 (comme l'âge du Christ) palpitant d'une foule furieuse dont on ne sait plus si elle gronde pour Manson ou le couple Kennedy, et lorsque les mouches bourdonnent, la mort se fait pressante. L'album se conclue alors avec l'hypnotique Count 6 & Die, où le piano lugubre et les clics d'un revolver qu'on charge concluent Holy Wood sur une note glauque.

 

Manson s'est rêvé Antichrist Superstar, ange luciférien nihiliste, et a fini par devenir une pute à médias ce que retraçait Mechanical Animals (la vie de Starfuckers selon son ex-mentor Trent Reznor ) et puis Columbine a tout emporté. En mixant les images fortes, Adam, Kennedy, Jesus Christ, la tuerie, ses doutes et ses pulsions de mort, il aboutit avec Holy Wood à un disque émotionnellement puissant, d'une qualité musicale variable, mais qui va crescendo dans l'impact, avec un talent certain pour créer des ambiances mélancoliques, menaçantes et morbides. En attendant un hypothétique retour en flammes, il s'agit de son dernier grand disque, qui achève là une remarquable trilogie.